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mercredi 3 novembre 2021

Goldorak ... Et l'aventure continue !


Suite à la sortie de l'album Goldorak réalisé par des français, qui rencontre un succès phénoménal, un collector à 10 000 exemplaires, vendu 45 € seulement en 1 jour, un tirage à 24,90 de 165 000 exemplaires qui partent si vite qu'un deuxième tirage à 150 000 exemplaires arrivent en novembre dans les magasins et autres points de vente sur internet et pour décembre les fêtes de fin d'année un troisième tirage est prévu de minimum 100 000 exemplaires. L'album est N°1 des ventes en livre, N°1 en Personnages scientifiques (Livres) N°1 en BD Science-fiction, N°1 en Comics.

Ceci s'ajoute à une grande exposition qui est un succès à l'image du phénomène Goldorak, une soirée au Grand Rex, des timbres de collection, un magazine chez Animeland, la préparation d'un jeu vidéo...

Résultat cet ouvrage de fin 2018, entre directement N°1 des ventes dans la catégorie : guides cinéma de films d'animation grâce à la sortie de Goldorak la BD en octobre 2021.

Quatrième de couverture :

Diffusé pour la première fois en France dans l'émission Récré A2 en juillet 1978, Goldorak, dessin animé japonais réalisé par le studio Tôei Animation et adapté du manga de Gô Nagai UFO Robo Grendizer (1975-1976), raconte le combat d'Actarus contre les forces de Véga commandées par le Grand Stratéguerre. En France, le dessin animé est un succès immédiat. Il marque toute une génération d'enfants, fait la Une de Paris Match en janvier 1979 et suscite colère et désespoir chez les adultes qui le relèguent au rang de "japoniaiserie" et l'accusent d'influences délétères sur les jeunes téléspectateurs.

Or, quarante ans après sa première diffusion, Goldorak est toujours là, sans cesse réapproprié et "métamorphosé" pour être transmis à une nouvelle génération de spectateurs. Il est temps de porter un nouveau regard sur cette fiction sérielle. Au-delà des informations factuelles et techniques que l'on peut trouver sur Internet, cet ouvrage se propose de penser avec Goldorak, de mettre en lumière les complexités culturelles du dessin animé et de proposer des analyses et interprétations originales, à travers le prisme de l'histoire, la civilisation japonaise, la littérature, le théâtre, le cinéma, la musique ou l'étude des médias. Il s'agit de prendre Goldorak au sérieux.

Biographie de l'auteur :
Sarah Hatchuel est professeùre en études cinématographiques et audiovisuelles à l'université Paul-Valéry Montpellier 3. Marie Pruvost-Delaspre est maîtresse de conférences en études cinématographiques à l'université Paris 8 Vincennes Saint-Denis.

mercredi 22 juillet 2020

"MIMI-BIRTHDAY 2020" - Mireille Mathieu - les débuts (1) - La bataille des Piaf !

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Mireille Mathieu -  La bataille des Piaf  !


Nous vous proposons de vous rappeler et revivre l`histoire de Mireille qu`elle raconte elle-même avec toute cette sincérité et simplicité qui sont propres à notre Mimi et qui nous la rendent encore plus chère.

(Deuxième partie !)

Vous trouverez ici des extraits de son livre « Oui, je crois » qui parlent justement de ses débuts !



***

Comme je chantais tout le temps, notre atelier devint le plus gai. Un jour, quand le patron entra, je m’arrêtai net. « Mais continuez, ma petite. Depuis que vous êtes là, ça va beaucoup plus vite !»
De temps en temps, il risquait la tête : « Eh bien, Mireille, ça ne va pas ? Vous ne chantez pas ce matin?»
Il était vraiment gentil. Je ne voulais pas faire de peine à Mme Jeanne et à M. Louis qui continuaient à m’offrir des bonbons, mais mon rêve était de passer dans l’atelier où l’on faisait  les enveloppes. Le travail était payé un peu plus cher. Chacun manœuvrait sa propre machine qui coupait et pliait les enveloppes et mettait la colle. Mais il fallait faire attention car si on ne la bloquait pas au bon moment, elle pouvait vous arracher la main. Pas question d’en confier une à une gamine de moins de quinze ans. Mais comme je voulais gagner un peu plus, je me risquai à demander si je pouvais faire des heures supplémentaires.« Vous pourriez venir à 5 heures du matin? Oh oui, monsieur ! Mais ça vous obligerait à partir très tôt... il vous faudrait une bicyclette... » Le patron me proposa de me la fournir en me la retenant sur mon salaire. La retenue était très petite et, avec ma bicyclette, je pouvais partir tôt ou rentrer tard en cumulant les heures.
Mais dans les deux cas, c’était la nuit... et ma bicyclette, j’étais obligée de la rentrer et de la sortir de la cave si sombre de la Croix-des-Oiseaux. Je descendais avec un balai car j’avais une trouille terrible. Mais mon envie de travailler, et de rapporter 500 francs au lieu de 350, était encore plus forte. Maman se doutait bien que j’avais peur. Elle me disait : « Ne t’inquiète pas, ma chérie, je surveille ! »


L’année suivante, ce fut au tour de Matite d’avoir quatorze ans. Je demandai au patron s’il pouvait engager ma petite sœur. Et, du même coup, laissant ma place à Matite dans l’atelier de Mme Jeanne et de M. Louis, je passai enfin dans celui des machines. Chacune pouvait débiter sept mille enveloppes par jour. Je trouvais cela grisant, comme un jeu. Et si j’arrivais à en faire sortir davantage, en allant un peu plus vite ? Il me fallait seulement changer de répertoire et chanter TRENET plutôt que PIAF... ! Ma fierté de gagner de l’argent, de ne plus entendre maman dire aussi souvent « on ne peut pas encore acheter ça ce mois- ci » me faisait oublier certains moments désagréables, par exemple quand il y avait du mistral. Entre les bâtiments des H.L.M., il s’engouffrait avec une telle violence que ma bicyclette risquait de s’écraser contre le mur. Il n’y avait plus qu’à faire le chemin à pied en se cramponnant au guidon dans la nuit... Mais, désormais, Matite venant avec moi, la peur était coupée en deux ! A la fabrique, il y eut des fiançailles puis un mariage, et le patron offrit à boire et naturellement on me demanda de chanter. « Tu devrais bien te présenter au concours ! dit une copine. Elle gagnerait pour sûr ! dit une autre. Avec la voix qu’elle a ! » - Renchérit Mme Jeanne.Le concours, c’était On chante dans mon quartier, une initiative de la mairie d’Avignon pour animer la ville, une compétition d’amateurs qui mettait des refrains à tous les coins de rue.En quittant la fabrique, on passait devant le Palais de la Bière où se réunissait la jeunesse des environs. Quelquefois, on prenait un verre, juste au-dessous de l’affiche. Je me glissai au fond de la banquette car je n’étais pas hardie. Les copines avaient plus ou moins rendez-vous avec des copains. Pas moi. Le flirt ne m’intéressait pas. Et puis, j’étais tout à cette idée qui grandissait en secret dans ma tête au point de l’occuper toute : devenir chanteuse. Ça, au moins, c’était un beau métier ! On est en joie toute l’année. On fait plaisir à tout le monde. Pendant que vous chantez, « ils » oublient leurs soucis, leurs maladies. Je le voyais bien à la maison quand on écoutait Edith Piaf...Au fur et à mesure que s’approchait la date du concours, chaque quartier se passionnait pour celui ou celle qui défendait ses couleurs. Ainsi naquit l’idée. Poussée vigoureusement par Matite et les amis de la fabrique, je me décidai à en parler à maman. « J’y ai bien pensé, me dit-elle, mais je ne sais l’avis qu’aura ton père... » Papa, à la fois si gentil et si sévère. Nous n’avions toujours pas le droit de sortir le soir, et il n’était pas question de passer l’heure de notre rentrée, même de dix minutes... Le dimanche, où l’on avait bien le temps de se voir et de se parler, je mis la conversation sur le concours après avoir échangé un regard d’encouragement avec maman. « C’est superbe, ce concours, dit papa. Si je n’étais pas si vieux, tu vois, je m’inscrirais dans une catégorie... Laquelle? Celle des chanteurs comiques? » ironisa maman. Il la foudroya du regard : « Comique, moi ! Je concourrais dans la catégorie “ Opéra ”, oui ! Comme Mimi devrait concourir dans la catégo-rie “ Variétés ”. Elle n’y ferait pas mauvaise figure. »
L’idée venait de lui : c’était gagné ! Pas tout à fait. Il s’agissait de me préparer. Premier pas : accompagnée de maman, j’allai m’inscrire au premier étage de la mairie. « Quel genre ? demanda le préposé. Chanteuse réaliste ! Oh !... mais elle est bien petite ! Mais j’ai une grande voix, monsieur. »
C’était la première fois que je m’affirmais, moi, si timide. Maman me regarda avec une pointe d’étonnement. Et quand j’y pense, sans me l’avouer alors, c’est à ce moment qu’a dû naître ma volonté farouche de chanter professionnellement. Je sentais confusément que je ne pouvais finir ma vie derrière une machine à fabriquer des enveloppes ou à plier des cartons comme la pauvre Mme Jeanne. Le soir, je me retournai dans le lit.
« Tu ne dors pas ? s’étonna Matite.
- Non. Qu’en penses-tu? Si je devenais vraiment chan-teuse... Comme Piaf ou Maria Candido ? Ça changerait notre vie, pour sûr ! »


Je voyais maman peinant, avec son gros ventre... elle attendait le douzième.
- « Mais, surtout, n’en dis rien. Gardons ça pour nous. Je comprends. Pour le moment, c’est un jeu. »
II y eut, le lendemain, une discussion sur le choix de la chanson. Moi, j’aimais bien Mon légionnaire, mais maman s’y opposa fermement : « Ce n’est pas de ton âge ! » Le vote se fit à main levée avec une majorité pour Les Cloches de Lisbonne, une chanson que Maria Candido avait rendue célèbre. Je passai l’éliminatoire devant les organisateurs. Il y avait M. Raoul Colombe, l’adjoint au maire, président du C.C.A.A., c’est-à-dire le Comité de coordination des activités avignonnaises. Il était épaulé par son adjoint, Jean-Denis Longuet, ex-journaliste au Dauphiné libéré. Je remplissais bien les conditions, selon les statuts,
à savoir que j’avais quinze ans et je n’étais pas un travesti !



Le grand soir du mois de juin arriva. « Tu as le trac ? me demanda Matite en me donnant le coup de peigne. Un peu...Oui mais... ce n’est qu’un jeu... » Elle me regardait d’un air entendu, protégeant notre secret. Et voilà. Je suis sur le podium... comme à la salle des fêtes, à ceci près que, cette fois, je suis devant un vrai public, et non pas seulement des amis ; un public venu pour s’amuser à juger, à comparer, à se moquer. Les uns sont très attentifs parce que je suis leur championne, les autres sont turbulents. Je suis décidée à foncer, coûte que coûte. Et je hurle ma chanson. Et, à cette seconde, je me le jure, oui, quoi qu’il arrive, je serai chanteuse ! « Mon Dieu ! me dira maman plus tard, ce soir-là, j’ai eu peur que tu la casses, ta voix ! » Et je vais en demi-finale. Mes sœurs sont encore plus excitées que moi. Mes frères sont des inconditionnels avec le papet, la mamet, le second papet, la tante Irène, mon cousin, la tante Juliette... le pauvre oncle Raoul n’est déjà plus là avec sa bosse pour me porter bonheur. Il va me manquer ce talisman. Cette fois, Les Cloches de Lisbonne ne vont pas sonner mon triomphe. Sur le podium de Saint-Ruf, le quartier hors rem-parts, c’est une jolie blonde qui l’emporte!(Michelle Torr Ndr)


 Ce n’est pas possible... pas possible...« Tu ne vas pas pleurer, ma petite, me dit gentiment M. Colombe. Tu es très jeune. Tu as le temps ! Prends celui de travailler ta voix et... à l’année prochaine ! » Seule Matite savait à quel point j’étais mortifiée. J’avais échoué... et, comme au certificat d’études, il fallait que je me représente. Mais à voir maman de nouveau à l’hôpital avec ses varices... la voir souffrir, la voir s’inquiéter du porte-monnaie, un an d’attente me paraissait insupportable. Je ne pensais plus qu’à réussir. « M. Colombe a raison, dit papa, il faut que tu travailles ta voix. Tu vas prendre des leçons. » Je m’inquiétai : « Au Conservatoire, où c’est gratuit ?  Tu ne t’y plaisais pas... J’ai une autre idée. Marcel, le bougnat.Près du cimetière ? Lui-même. Il était ténor de l’opéra de Toulon quand tu n’étais pas encore née. » J’étais stupéfaite. Et il était devenu bougnat ? « Eh oui, quand sa voix est devenue moins brillante... il a fallu aller au charbon. N’oublie jamais ça, fillette, si un jour tu fais le métier ! »  En fait, ce n’est pas avec lui que j’allais travailler, mais avec sa femme, Laure Collière. Il avait épousé la pianiste de l’opéra de Toulon qui était devenue la répétitrice de celui d’Avignon. Les leçons allaient occuper sa retraite.« Pour Mimi, dit-elle à papa, je ferai un prix d’amie. Six francs par leçon, est-ce que ça ira ?» Je tenais à les payer sur mon salaire de la fabrique. Je calculai vite, en brillante lauréate
du certificat d’études (sans mention et sur le fil du rasoir !), qu’à raison de deux leçons par  mois, je débourserais 48 francs que je déduirais de mon argent de poche pour ne pas léser le petit budget remis à maman.« Ça va !» dis-je. Je me sentais fière. Heureuse aussi d’être soutenue par papa, tacitement. Il devait bien se douter que, de ce jour, j’en faisais plus qu’un jeu. Un pari sur l’avenir. Mais sans en rien dire, cachant tout ça dans mon cœur. Je me gardai même d’en parler dorénavant avec Matite. Parler, c’est toucher avec des mots, et quand vous touchez une fleur, elle fane. En ce sens, j’étais déjà artiste sans le savoir : j’en avais déjà les superstitions. Ma première leçon fut catastrophique. Mme Collière avait cru sans doute que je savais déjà le solfège. « Tu ne sais même pas tes notes ?- Non, madame. Ça ne t’empêche pas de chanter juste, heureusement ! Eh bien, on va commencer par des vocalises... »
Cela me convenait parfaitement. J’éprouvai une vraie joie à faire sortir mes notes. Trop même. Mme Collière dut me tempérer. « Révérence, parler, tu gueules trop, Mireille ! Module ! » C’était le plus difficile... Mais j’avais envie de foncer. Dans ma tête, j’avais la voix de Piaf qui vous emportait comme un torrent. Mme Collière, cherchant à me canaliser, au fond de moi, n’avait pas toute ma confiance. Bref, j’étais têtue... « Je ne suis pas sûre que tu aies raison de choisir L ’Hymne à l’amour, me disait-elle. Tu es trop jeune. »
J’essayais de ne pas trop le montrer, mais ça m’exaspérait. Trop jeune. Encore trop jeune. Quand cesserait-on de me prendre pour un bébé ? Ne payais-je pas mes cours moi-même avec mes sous ? Est-ce qu’un bébé a des sous ? « Enfin... tu verras bien... » dit Mme Collière. Et on continua de travailler L’Hymne à l’amour deux fois par semaine, rue desTeinturiers. Et j’essuyai mon deuxième échec. M Collière avait raison. On m’avait trouvée bien jeune sans doute pour interpréter L’Hymne à l’amour, je l’avais senti tout de suite. L’auditoire avait été gentil pour la mignonnette. J’avais été applaudie, mais je n’avais pas emballé. La finale me passa sous le nez. Je n’avais plus qu’à me moucher. Ce que je fis en avalant mes larmes. « Allons, allons, ce n’est pas si mal, tenta de me consoler papa. Tu en as laissé une bonne flopée derrière toi. Oui, mais il y en a une devant ! » Je me souviens très bien du regard surpris qu’il me lança. Jamais à l’école, même l’année du certificat, il m’avait entendue tenir ce langage. C’était nouveau cette détermination.
J’ajoutai : « Et ça, je ne le supporte pas ! - Tu vas continuer tes leçons ? - Oui, papa. » Il sourit. M. Colombe, qui venait gentiment vers moi pour me consoler, m’entendit dire fermement : « A l’année prochaine ! » Le lendemain, je retournai chez Mme Collière. « Ma caille, ça sort plus rond, maintenant, c’est plein, c’est sonore, encore trop... C’est si dur le métier de la chanson. Tant pis. Je veux ça. Ou rien. » Et on reprenait. J’y prenais goût aussi. C’était mon évasion. J’oubliais les soucis qui submergeaient la fabrique où l’atmosphère s’assombrissait de jour en jour. Sans parler de ceux de la maison. La troisième fois je me présentais encore avec une chanson de Piaf, mais dont la tonalité me convenait, cette fois, parfaitement, tout au moins le pensai-je. « Et qu’en dit Mme Collière ? Que ça devrait aller, cette fois.
Tant mieux, dit maman, et c’est ma chanson préférée, La Vie en rose ! » Je le savais. C’était aussi pour ça que je l’avais choisie. J’avais le trac. Un peu plus que la première fois. Je devais gagner. J’avais, cette fois, bien  écouté Mme Collière. J’avais travaillé ma voix tous les soirs, sans complaisance, devant l’armoire à glace de la chambre des parents, imaginant l’image que je représenterais devant le public. Papa avait demandé à tante Irène de m’accompagner au Muguet de Paris pour me choisir une robe. C’était le magasin chic d’Avignon. Le fait même que papa entamait ses petites économies pour me l’offrir prouvait qu’il me faisait confiance. Maman veillait sur la petite Béatrice qui n’avait qu’un mois; tante Irène remplissait son office. Je lui dis que je voulais une petite robe noire toute simple. « Comme Piaf ?» me dit-elle. Je fis « oui ». Il y avait huit mois que Piaf était morte. Sa disparition avait secoué la France, et je me rendais compte à quel point pouvait être aimée une chanteuse populaire. On avait lu le journal à haute voix. On avait vu les photos des obsèques. On avait pleuré chez les Mathieu. Comme si elle avait été de la famille. Et moi, j’étais bouleversée de voir qu’on pouvait ainsi appartenir à tout le monde. Je ne pensais pas que je pourrais la remplacer. Elle reste unique. Papa lui-même avait dit : « C’est une perte irréparable... »
J’en étais sûre. Chanter ses chansons, quand elle était vivante, me paraissait déjà le meilleur hommage que je pouvais lui rendre. Et, maintenant qu’elle n’était plus, je m’en serais voulu de ne pas le faire. C’était perpétuer son souvenir. « Tu peux le faire... » dit la mamet, qui m’avait offert son dernier disque.
La petite robe, trouvée au rayon deuil, avait des manches en mousseline. Elle n’aurait jamais été mise par Piaf, mais c’était la plus sobre. Il fallait aussi acheter des chaussures, et je choisis les talons les plus hauts pour me grandir. « Je crois cette fois que tu as une vraie chance ! me dit M. Colombe après la demi-finale. La troisième, c’est la bonne ! » dit M. Longuet. La place était noire de monde. Et, tout de suite, j’éprouvai le prodigieux silence, l’écoute quasi religieuse... Quand il me prend dans ses bras Je vois la vie en rose...... et cette explosion, soudain, cette rafale d’applaudissements qui paraît vous soulever de terre... Jamais je n’avais éprouvé cela. « Mon Dieu ! mon Dieu ! faites que ça recommence ! » Je pleurais. Papa pleurait. Maman pleurait. La mamet pleurait. Matite pleurait. Toute la famille pleurait, sauf la petite Béatrice qui, dans ses langes, souriait aux anges, alors qu’elle avait pleuré toute la journée ! Le verdict tomba : cette fois, je remportai le Critérium III y eut des flashes de photographes. Il faut l’avouer : pendant une heure, et même plusieurs, je crus ma voie toute tracée. N’avais-je pas gagné le concours? N’avais-je pas ma photo à la une du Provençal, ce 29 juin 1964 ? La réalité était que le lendemain je me retrouvais sur mon Solex en route pour l’usine. « Qu’est-ce qu’on va faire ? demanda Matite sur la route du retour. Maintenant que je suis chanteuse... il n’y a pas à s’en faire ! Je vais gagner ma vie... »


Ce n’était pas si simple... M. Colombe me le fit comprendre. Il croyait que je pourrais faire carrière, et il venait d’expédier à Paris à une grande maison de disques la bande magnétique des chansons constituant mon petit répertoire. Mais la réponse ne viendrait sûrement pas du jour au lendemain. Cet automne 1964, qui me parut long comme un hiver, M.Colombe proposa de me faire faire quelques galas ici et là’ Papa accepta: «Cela va t’entretenir la voix... Il ne faut pas qu’elle rouille !» L’idée que ça puisse rouiller me remplissait de terreur. Au moins papa m’avait-il fait comprendre qu’une voix, ça s’entre-tient, ça se soigne, ça se bichonne. J’étais décidée à tout faire pour qu’elle ne rouille pas ! Mais, au premier étage de la mairie où je venais prendre des nouvelles chaque jour, on s’énervait. M. Colombe avait en vain téléphoné à Roger Lanzac pour obtenir mon passage à
Télé- Dimanche, l’émission la plus en vogue qui mettait en compétition des amateurs de la France entière.
« La petite Mathieu a passé avec succès notre concours régional ; elle pourrait maintenant affronter le national... Qu’est-ce qu’il a dit? Qu’ils sont débordés par les demandes des candidats. Qu’il n’y a pas de passage possible avant 1966... » M. Colombe retéléphona et, cette fois, c’est Roger Lanzac qui s’énerva : « Je vous dis rien avant 66 ! » Presque deux ans à attendre... une éternité, plate et vide comme la Durance quand elle est à sec. Le doute qui flottait imprécis devint clair, noir sur blanc, quand arriva la réponse de la firme de disques sollicitée. Malheureusement, elle était négative. « Qu’est-ce qu’elle dit, monsieur Colombe ? Qu’il leur faut un cas exceptionnel... » Cela voulait-il dire que, moi, j’étais banale? Je gardai la réflexion avec un pincement au cœur. « Il faut de la patience, ma petite Mimi, disait M. Colombe. En attendant tu vas chanter au Parc des expositions... » Je ressortais ma petite robe noire et mes talons hauts.J’arrivais avec mon maquillage dans mon cartable d’école, Mme Collière portait les partitions et se mettait au piano. Un jour de la fin février, au premier étage de la mairie où je passais selon une habitude bien établie, j’appris la grande nouvelle : « Mimi ! ça y est, c’est fait ! Tu montes à Paris !
Pour le Jeu de la Chance ! Dans Télé-Dimanche !- Quand ça? - Ton audition pour la sélection des chanteurs amateurs a lieu le 18 mars. Il faudra que tu prennes le train le 16. » Le train! Je n’avais jamais pris le train de ma vie. Seulement des cars pour la colonie de vacances. M. Colombe m’expliqua que la mairie me payait le billet. Je ne me voyais pas déjà en haut de l’affiche, comme Aznavour, mais il me semblait que ma vie se déployait en éventail... Papa monta dans le wagon pour me serrer encore fort, très fort : - « Et montre-leur à Paris comment on chante à Avignon ! » Ainsi, pour la première fois, j’étais seule, j’étais libre. Je n’avais pas dix-neuf ans. Le lendemain, c’était dimanche et, naturellement, je vou-lais aller à la messe. L’église la plus proche était Notre-Dame- des-Victoires. Près du chœur, je découvris une statue de ma favorite, sainte Rita. Il fallait que je garde de l’argent pour le taxi qui me conduirait au Théâtre... Mais il me semblait que j’avais bien assez pour un cierge. Je l’allumai avec ferveur. Tant pis : je ne goûterais pas à la brioche qu’on fait à Paris... A la maison, nous étions si habitués à Télé-Dimanche qu’il nous semblait que Roger Lanzac faisait partie de la famille. On disait : « Tiens, il est fatigué... » Ou, au contraire : « Ah !
il est très bien maintenant ! » On surveillait ses poches sous les yeux, sa voix, son costume, sa cravate. Aussi je me présente devant lui sans appréhension, lui disant tout naturellement : - « Bonjour, monsieur Roger ! Je suis Mireille Mathieu d’Avignon. » Il me répond : « Eh bien, dites donc, vous avez l’accent, vous ! »
Je le sais bien mais ça me défrise qu’on me le dise. Une grande vague de timidité m’envahit soudain. Une dame blonde, le visage avenant, me demande mes partitions. « Ah, Piaf ! » dit le pianiste d’un air entendu. La dame me place devant le micro. Comme il n’y a pas de public, La Vie en rose et L’Hymne à l’amour tombent dans le silence, qui m’impressionne. Une voix sort de je ne sais où: « Merci, mademoiselle. On vous écrira. » Je suis déconcertée. Le pianiste me redonne les partitions. J’ose demander à la dame blonde :
« Mais... on m’écrira où? Eh bien... à Avignon. Vous habitez bien toujours Avignon? Et ce sera quand ?» La dame a un grand geste d’ignorance. Quand ? Elle ne peut pas savoir. C’est qu’il y en a des candidats pour ce Jeu de la Chance... « On est plein jusqu’en 1966... » Ils ne m’ont pas aimée. C’est évident qu’ils ne m’ont pas aimée. S’ils m’avaient aimée, ils m’auraient gardée. Que s’est-il donc passé ? Au retour, ma valise me paraît bien plus lourde qu’à l’aller. Peut-être parce que j’ai le cœur très gros... c’est lui qui pèse. •
Papa me reçoit comme une héroïne. Maman est enchantée de la carte postale de la tour Eiffel que je rapporte. C’est ce que j’ai trouvé comme cadeau de plus abordable, à la mesure de mon petit argent de poche. Et je rends ses 500 francs à M. Colombe en lui disant : « Ça n’a pas marché. Je ne crois pas qu’on veuille de moi à Paris... » Je me sens craquer. Il a une bonne vue, M. Colombe. La larme au coin de l’œil, ça ne lui échappe pas. «Ecoute, Mireille... à Paris, ils sont fadas! Ils savent jamais où ils en sont. Ils vont se réveiller un jour... En attendant, garde tes 500 francs et garde ta voix pour des galas. Continue tes leçons : l’été approche.» La vie reprend, à la Croix-des-Oiseaux, comme avant. Pour ne pas me faire de peine, la famille ne parle plus de Paris. Et moi non plus. Et M. Colombe, lui, n’oublie pas la petite Mireille. Quand Enrico Macias s’annonce pour un gala au mois de juillet sous un chapiteau, au nom du comité des fêtes, il demande à l’organisateur s’il n’est pas possible de faire passer en première partie une petite protégée de la ville qui a gagné la compétition « On chante dans mon quartier ». On lui accorde bien volontiers. Je vais remettre ma petite robe noire et mes talons L’organisateur du gala accueille, venant de la salle, un grand monsieur, lui disant que c’est vraiment gentil d’être venu, et l’autre répondant que c’est normal, qu’il a promis qu’il viendrait... qu’il va saluer les artistes... et, tout à coup, son œil tombe sur moi. En deux enjambées, il me rejoint :



 - « Alors, c’est vous, la petite demoiselle d’Avignon... Vous avez une voix. Mais vous avez besoin de la travailler. - Je sais, monsieur. - Et vous voulez devenir chanteuse ? - Je ne veux que ça! » Il me regarde en souriant et je dois lever la tête bien haut pour croiser son regard bleu. - « Bien. Je m'appelle Johnny Stark. On vous écrira. » (La première rencontre entre Mireille et J Stark. Ndr) Ça, je l’ai déjà entendu ! mais je le crois. Je suis même si bouleversée que j’en oublie de
regarder Enrico Macias. De retour à la maison, j’en parle à papa.-«  Cest Johnny Stark, tu dis? - Oui. Johnny Stark. Ça doit être un Américain. Sûrement : il y ressemble. Et il t’a dit qu’il t’écrirait? Il n’y a plus qu’à attendre. » Chaque jour, je guette le facteur, attendant une lettre de New York qui n’arrive jamais. Pas plus que la lettre de Télé Dimanche. Le fil qui me relie à mes rêves est de nouveau cassé Et la réalité montre sa face, plutôt grimaçante. Le papet tombe malade. Très malade. Est-ce pour adoucir le chagrin de la mort du grand-père que M. Colombe m’annonce une nouvelle qui renoue le fil que je crois cassé. Il a alerté un imprésario de ses amis, Régis Durcourt, et par son intermédiaire arrive ce que je n’espère pas : une audition pour le Palmarès des chansons que fait Guy Lux. Il faut me présenter le samedi 20 novembre. A la maison, on connaît le générique du Palmarès des chansons. Elle me met à l’aise, Jacqueline Duforest. Elle est bien plantée, comme on dit chez nous. Elle a l’air gai avec une bouche gourmande. « Qu’est-ce que tu nous chantes, mon chou ? (Ça, c’est bien une expression de Paris !) L’Hymne à l’amour. » Elle a l’air surprise. Oui, je sais... Mme Collière ne serait pas contente que j’annonce
ça. « C’est une chanson encore trop forte pour toi ! » me dit-elle encore et toujours. Mais toujours et encore, je suis têtue. C’est vrai qu’elle ne m’a pas porté chance au Critérium d’Avignon, mais c’est toujours vrai que c’est pour moi la plus belle chanson de Piaf, d’abord parce qu’elle l’a écrite, ensuite parce que les paroles me bouleversent profondément. « C’est très bien, me dit Jacqueline Duforest. Vous passerez dans la séquence des “ Espoirs , vendredi prochain. Au revoir, mon petit chou ! » La rue d’Aboukir résonne de mes « la, la, la » quand le téléphone sonne. C’est M.Colombe. « Ah ! monsieur Colombe ! Ça y est ! je fais le Palmarès vendredi prochain. C’est formidable, non ? Dites à maman que je reprends le train demain matin. Non, tu restes ! Devine ce qui nous arrive ! Tu passes à Télé-Dimanche ! Oui ! à Télé-Dimanche ! L’émission de Marcillac ! » Je suis abasourdie, et lui, à l’autre bout du fil, tout excité : « A peine tu étais partie, arrive chez ta mère un télégramme te convoquant au Théâtre 102 ! Mais foutu comme l’as de pique, ce télégramme, adressé à Mlle Monique Mathieu à la Croix-des Ciseaux! Alors le temps que le facteur s’y retrouve... bref, Roger Lanzac t’attend pour le Jeu de la Chance... La Chance ! Quand ?
Tout de suite, je te dis ! A Télé-Dimanche, pour la répétition ! On sera tous devant le poste demain pour te voir !» Je prends mes partitions en vitesse. Pourvu que je trouve un taxi ! J’arrive en trombe au Théâtre et j’entends : « Roger ! Roger ! La voilà ! elle est là, la petite d’Avignon !» Un assistant, sans doute. Il avait l’air de me guetter Comme c’est gentil ! Mais alors, pourquoi Roger Lanzac est-il si furieux ?  Les yeux lui sortent de ses valises. Il explose : « Qu’est-ce que c’est cette manière de courir deux lièvres à la fois ? Alors, je me suis aussi présentée au Palmarès ! Eh bien il n’en est pas question ! Il faut choisir ! » Comme je ne comprends pas, j’esquisse un : « Pourquoi? - Parce que ça ne se fait pas ! On ne passe pas dans deux émissions en même temps ! » Je suis ahurie. Il me semble que des chanteurs font toutes les émissions ! Ça n’a pas l’air de poser un problème ! Et puis, moi... c’est pas « en même temps », c’est à quelques jours d’intervalle ! Et puis... il est resté huit mois sans me donner de nouvelles, excepté celle que je ne pouvais pas passer avant 1966 ! Enfin, est-ce ma faute si les deux propositions tombent au même moment ! Ce doit être une question d’étoile ! Toutes ces raisons défilent dans ma tête, mais je reste bouche cousue, désemparée... La gentille dame blonde qui m’a reçue la première fois me dit: « Ne vous inquiétez pas ! La veille de l’émission, on est tous nerveux ! Alors, qui choisissez-vous ? Guy lux ou Lanzac  J’aimerais bien les deux, moi ! » Elle sourit : « Ça... ce n’est pas possible ! Vous comprenez, mon petit chou (Ah ! tiens ! elle m’appelle comme Mme Jacqueline Duforest... c’est vraiment une expression parisienne, ça !)... ils sont un peu rivaux. Il faut choisir son camp. » Je réfléchis tandis que la dame s’impatiente. Le Palmarès, je passe une fois. Le Jeu de la Chance, c’est un peu comme On chante dans mon quartier ; si on vote pour moi, je reviens la semaine suivante. « J’ai choisi, lui dis-je. C’est vousEh bien, dit la dame, vous avez bien fait ! » Elle envoie un jeune assistant prévenir Roger Lanzac. Avant de partir le garçon dit, joyeux :


Ça va être marrant : la bataille des Piaf ! »





À suivre ...Le 21 novembre 1965 ... la rencontre entre Mireille Mathieu une toute nouvelle candidate inconnue des téléspectateurs français de seulement 19 ans et Georgette Lemaire 21 ans et 4 victoires au jeu de la chance à son actif et un contrat avec Philips la maison de disques sur le point d'être signé.








Source : le livre "Oui Je crois" unique biographie de Mireille Mathieu officielle et de plus très sérieuse. Auteurs : Mireille Mathieu et Jacqueline Cartier. Chez Robert Laffont.








Article par : Nadine et J-P relecture.

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"MIMI-BIRTHDAY 2020" - Mireille Mathieu - les débuts (2) - La détermination !

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 Mireille Mathieu - La bataille des Piaf  !


Nous en étions resté dans la deuxième partie à cette remarque d'un assistant de Roger Lanzac :

« Ça va être marrant : la bataille des Piaf ! »

Première partie !



La bataille ? C’est vrai : préoccupée par le choix à faire, je n’ai plus songé à la  compétition. Or, il y a une concurrente sérieuse qui a déjà gagné quatre fois de suite. Je l’ai vue à la télé, Georgette Lemaire. Plus âgée que moi, elle est mariée avec deux fils et pas heureuse en ménage, la pauvre. Elle chante le répertoire de Piaf, elle aussi, et ça me parait normal : personne n’a de chansons plus belles... Vite, vite, un coup de peigne et... on y va ! ce que c’est qu’un plateau de télévision ! Chaque caméra est comme une araignée avec des mouches autour ! et ça tire des fils de tous les côtés. Vite, vite! la partition... Je me prends le pied dans un câble, je la laisse tomber...« Et dans quel ton ? demande le pianiste.  Peuchère ! je n’en sais rien ! »

Roger Lanzac, qui m’a entendue, m’imite aussitôt : « Peuchère ! On ne peut pas dire qu’elle a l’accent de Piaf, On rit autour de lui. Je suis rouge. Peut-être aurais-je dû choisir Guy Lux... Georgette Lemaire est de Paris, elle, comme Piaf. C’est trop tard. Les projecteurs s’allument. Je ne peux plus dire non. Je ne peux plus reculer. Mais pour toi, Jezebel, Je ferais le tour de la terre... J’entends Roger Lanzac demander à un technicien : « Ça va, pour toi ?» Et celui-ci répondre de je ne sais où, car je ne vois rien : « Ça passe. » Ça veut dire sans doute que je suis passable. " « C`est formidable... me dit la dame blonde. Raymond Marcillac est très content. Ah, bon ? Merci, madame.  Appelez-moi Nanou. » Elle a un joli sourire, Nanou Taddei. Mais, moi, j’ai une boule à l’estomac. Parce que j’ai envie de pleurer, parce que je voudrais que maman soit là, et Matite, et Christiane...« Moi, on m’appelle Mimi. J’ai déjà entendu ça quelque part !» L’humour m’échappe.

 J’ai peur. Une chose, une seule chose peut me calmer l’esprit : la prière. Par chance, en rentrant rue d’Aboukir, je vois que Notre-Dame-des-Victoires n’a pas encore fermé son portail. A pas rapides, je vais vers la statue de sainte Rita. J’allume un cierge à la flamme d’un de ceux qui brûlent déjà. Rien que ce geste commence à me mettre de l’ordre dans le cœur.« Enlevez-moi l’angoisse. Faites-moi gagner... pour tous ceux que j’aime, pour les aider comme vous m’aidez... » Magali me trouva en train de boire mon tilleul.

« T’as pas trop le trac ? - Ça va. - Moi, je serais morte de trouille ! » Je ne prolonge pas la conversation pour rester en tranquil-lité. Ne pas permettre à une  autre pensée de m’envahir. Je vais me coucher et m’endors comme un muret. Car si le ciel m’a donné une voix, il m’a donné aussi la faculté de dormir beaucoup, et l’une est excellente pour l’autre ! « Nous allons faire une prière pour toi, me dit maman,  Et, tu sais, Mimi, ne t’inquiète pas trop, me dit papa. Même si tu ne réussissais pas cette fois... c’est pas grave. Tu sais comment doubler ! » Je suis bien décidée à ne pas le faire. Tout me presse. Le chômage qui me guette depuis la déconfiture de l’usine, ces trois années passées à travailler avec Mme Collière qui ont fait germer ma graine de rêve. J’ai dix-neuf ans, il faut que je m’en sorte, et avec moi, tous les Mathieu ! Il faut que je fasse entrer du bonheur dans la maison encore plus assombrie par la mort de papet. C’est aujourd’hui ou jamais. Je me souviens avoir revêtu ma petite robe noire comme un habit de lumière et, avec la même gravité qu’un torero avant le combat, j’ai fait mon signe de croix.Le jour de l’émission, la fièvre monte encore de quelques degrés quand c’est en direct. Ce qui, à l’époque, était le cas.Ensuite, la mode s’en est perdue, au profit d’une perfection technique, sans doute, mais l’émotion du direct est irremplaçable et je suis heureuse qu’on y revienne. C’est du sans filet. Je donne peut-être l’image d’une fille raisonnable, mais, en fait, j’ai le goût du risque ou, tout au moins, de la performance.J’aime vaincre. Vaincre une salle difficile, ou réputée comme (telle, me plaît. Et je n’aime pas perdre... même au rami. Ce 21 novembre 1965, je ne sais qu’une chose : il faut gagner. J’ignore tout de la difficulté du métier. Le but est là, tout près, immédiat. Il me semble que je peux le toucher...



En scène, isolée dans les projecteurs et sous l’œil des caméras pour la première fois de ma vie, en les tendant, mes bras, vers le public, j’ai l’impression extraordinaire, jamais ressentie 
encore, de le frôler de mes doigts de d’avoir pour lui le cœur dans les mains. Mais pour toi, Jezebel, Je ferais le tour de la terre J’irais jusqu’au fond des enfers! Cela se passe à la mi-temps du match de rugby retransmis par Télé-Dimanche. Dans la salle, je sens comme une explosion qui me submerge. Oui, j’en suis sûre, j’ai gagné la salle. Mais il n’y a pas que le Théâtre 102. Il y a la France entière — ou presque ! — qui vote. Je me réfugie près de Nanou Taddei, qui, ma parole, en a, comme moi, des larmes plein les yeux. II n’y a plus qu’à attendre... mais quelle effervescence, quel bouillonne-ment autour de nous, des musiciens, des techniciens passent : « Formidable !» Un assistant arrive pour nous dire que « ça téléphone de partout, le standard en est bloqué ! ». « Ça ne m'étonne pas, dis-je à Nanou. Déjà avec tous les Mathieu et les Avignonnais que je connais, ça fait du monde ! » J'ai vraiment envie de rire, maintenant. Je m’inquiète de Roger Lanzac. I1 m’a embrassée en me soulevant de terre, ce qui ne lui est pas difficile ! C’est donc que sa colère de la veille lui est passée, mais je ne le vois plus? « Il guette les résultats avec Raymond Marcillac. » Un gros monsieur, qui vient de la salle, me demande si j’ai un agent? Je le regarde sans comprendre. Un agent de quoi? « Il y a bien des gens qui vont vouloir s’occuper de vous Faites attention ! » me dit Nanou.
Et maman qui m’a dit de ne parler à personne ! Mais ici, où tout le monde s’embrasse, c’est bien difficile ! Le jeune assistant revient, hilare : « Il y a des gens qui téléphonent pour demander si ce n’est pas la voix de Piaf qu’on a passée en play-back ! » Je ne sais pas ce que c’est qu’un play-back, Nanou m’explique. Dans un sens, je suis contente et, dans un autre contrariée : ainsi il y a des gens qui ne croient pas que c’est moi qui chante !



Un grand monsieur se fraye un chemin jusqu'à moi. Je le reconnais tout de suite, ce colosse, avec des favoris, des yeux bleu ciel, une allure de cow-boy...Il se penche vers moi, me prend les mains et me dit :
« Vous me reconnaissez ?» Si je le reconnais ! Johnny Stark ! Si j’osais, je lui dirais qu’il a du toupet ! Ça fait des mois que j’attends sa lettre ! « Vous aviez dit que vous m’écririez ! J’ai eu beaucoup à faire... mais, tout à l’heure, j’étais devant mon poste... Vous passez très bien à l’image. Je sursaute : mais c’est ma petite Avignonnaise ! J’étais dans ma tenue du dimanche, la décontractée, la robe de chambre ! Je m’habille, je fonce, me voilà, et on reprend la conversation où nous en étions... » Il me fait rire. Avec lui, je me crois dans un film ! « Alors, mademoiselle Mathieu, vous voulez toujours deve-nir chanteuse ? - Je le suis. - Holà ! pas encore... vous chantez. Ce n’est pas tout à fait la même chose. C’est un métier très, très difficile. Je ne crois pas que vous en ayez idée. Mais si vous avez du courage... - J’en ai. Elle est l’aînée d’une famille de treize enfants... inter-vient Nanou. - Oui, je sais, j’ai entendu tout à l’heure... Mais si je la prends en main, ce sera moi, l’aîné ! C’est moi qui commande, il y a un martinet chez vous ? » Je ris : - « Non. Il n’y en a jamais eu ! - Moi, j’en aurais peut-être un !» Je ris de plus belle. Il part à la recherche de Roger Lanzac. « Ah ! si Johnny Stark veut bien s’occuper de vous... c’est fane chance, me dit Nanou.  Parce que, lui, c’est un grand professionnel. Il s’est occupé d’Yves Montand, de Mariano, de Tino, de Line Renaud, de Johnny Hallyday... »

A ce moment, il y a une sorte de remue-ménage. Les résultats arrivent... J’ai la bouche sèche. Alors? alors? « Vous repassez la semaine prochaine », me glisse le petit assistant. Ça y est ! j’ai gagné ! J’embrasserais le sol si j’osais ! Roger Lanzac s’avance dans les lumières et annonce comme un fait (Unique au Jeu de la Chance) : « Georgette Lemaire et Mireille Mathieu sont ex aequo... »  Nous reviendrons toutes les deux le dimanche suivant. Donc, je n’ai pas encore gagné. Je suis à la fois contente et pas satisfaite...




Le cow-boy revient vers moi : - « Alors, mademoiselle d’Avignon, heureuse ?  Pas tout à fait. C’est à refaire...  Eh oui ! tout est toujours à refaire dans ce métier. Si vous ne comprenez pas ça, il vaut mieux abandonner tout de suite. » Je fais non de la tête. Je veux continuer. - « Alors, me dit le cow-boy, je vais aller voir vos parents... On partira ensemble. Je ne savais pas que ça allait durer... mais que ce ne serait pas toujours le rêve ! On ne part pas le lendemain. Parce que, le lendemain, il y a ma photo à la une de France-

Soir, chantant, devant le micro, dans ma petite robe noire aux manches de mousseline. On voit bien la petite médaille de Notre-Dame-de-Lourdes que papa m’a donnée en me disant : « Elle est presque en or... elle te portera bonheur. » Elle m’a porté bonheur…. Oui, même après la première victoire au Jeu de la Chance rien n`est encore gagné pour Mireille. Il faut toujours recommencer. Son portrait est à la Une de la presse, son nom est sur des milliers de lèvres, mais elle n`est pas encore une gagnante. Elle, jeune débutante, se retrouve face à Georgette Lemaire qui a déjà sur son dos 4 victoires au Jeu de la Chance et un contrat avec Philips. Cela ne désespère pas Mireille, elle décide de faire tout et suivre tous les conseils de Johnny pour réussir. Déjà, Johnny décide de lui faire une petite tournée en France avant de poursuivre le Jeu de la Chance. On peut lire dans son livre : Le 122, avenue de Wagram ne ressemble en rien aux bureaux que j’imaginais genre mairie. C’est le style salon, la succursale de l’appartement. Il y a des voilages blancs, de la moquette et des tableaux partout. Il ferait bon faire le lézard lais pépé Jo a d’autres projets. Dès ce soir, je vais habiter Neuilly : Nicole m’a préparé la chambre d’ami, Vincence est toute contente et, dès demain, on s’occupera de ma garde-robe. Le plus important, c` est les chansons. Pour gagner le Jeu de la Chance, il faut bien sentir ses chansons. Et en prévoir plusieurs... tu peux rester plusieurs semaines. Alors quelles sont tes préférées? - L’Hymne à l’amour... (il fait une moue). Oui, je sais, Mme Collière me trouve un peu jeune... - Elle a raison, Mme Collière. Tu es un poussin qui veut faire un cocorico ! » Je me pince les lèvres. Il se reprend, me tapote la joue, très gentil : - N'e te chiffonne pas. Tu es si mignonne quand tu souris, Tu feras cocorico, je te le promets, dans toute la France ! Nous disons L’Hymne à l’amour... et ensuite? - Ensuite... Je sais comment et... je ne sais pas. - Il faut savoir : tu sais ou tu ne sais pas ? - Monsieur Stark... intervient Nadine, vous l’abrutissez. - Oh! vous, Nadine! dans votre bureau... Exodus, tu connais? - Oui, mais pas très bien. - Y a qu’à l’apprendre. Ecoute-moi : parallèlement au Jeu Chance, je vais te faire faire un petit galop d’essai. Une tournée, si tu préfères. Tu lèveras le torchon. Je le regarde, effarée. Le torchon? Je me revois en train de faire la vaisselle. - Dans notre argot, c’est le rideau. Tu passes aussitôt le rideau levé. Les vedettes seront France Gall et Hugues Aufray. Ils sont très gentils, tu verras. Donc, le 5 décembre, si tout va bien tu es encore dans le Jeu de la Chance pour dix-huit millions téléspectateurs ; le 6, tu es à Dijon, le 7 à Genève, le 8 à Etienne, le 9 à Lyon et le 12 de nouveau au Jeu de la Chance... s’il plaît au ciel. »



Le Dimanche 28 novembre 1965 ...


Les visages qui s’éclairent partout à ma vue, avenue de Wagram au Théâtre 102... L’heure de la Chance, à nouveau Nanou et Nadine, excitées. « Georgette Lemaire parle d’abandonner. Elle discute avec Roger Lanzac » On me maquille. Je pense : « Ah non ! si elle abandonne où sera ma victoire ? » M. Colombe, monté d’Avignon, est parti dans un coin avec pépé Jo. Là aussi, ça discute. Mon Dieu ! Faites qu`ils s’entendent. Une rumeur fait boum : Georgette Lemaire va se désister en faveur de Mireille Mathieu. Ça veut dire quoi? « Elle a déjà signé avec une maison de disques » - dit quelqu’un. Je n’ai pas le trac. Seulement de la volonté. « Pense à une seule chose, Mimi, au public. Défonce-toi» - me souffle pépé Jo. Je l’aperçois dans les coulisses avec M. Colombe. Ma croix presque en or, mon signe de croix, les lumières. La voix qui part vers le ciel... Les bravos. Le standard bloqué. Les bravos encore. «La petite Piaf ! » qui bourdonne dans la cohue. La grande poigne de pépé Jo qui me fait rempart, autographes. Les photos jusque dans la rue. Mais comme ils sont gentils, tous ces gens ! Je voudrais tous les embrasser.... « Le plus dur est fait ! dis-je dans la voiture. - Ne crois pas ça. Le plus dur, dans ce métier, n`est jamais fait.




 Mireille Mathieu et Télé-Dimanche


21 Novembre 1965 : Jezebel 

28 Novembre 1965 : Soudain une vallée

05 Décembre 1965 : Exodus

12 Décembre 1965 : Hymne à l'amour

19 Décembre 1965 : La vie en rose





Source : le livre "Oui Je crois" unique biographie de Mireille Mathieu officielle et de plus très sérieuse. Auteurs : Mireille Mathieu et Jacqueline Cartier. Chez Robert Laffont.








Article par : Nadine et J-P relecture.

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MIMI-BIRTHDAY 2020 - Mireille Mathieu et Paul Mauriat 1 ...

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Voici des extraits, d'un très bon livre sur  Paul Mauriat "Une vie en bleu" de Serge Elhaik aux éditions Serge Elhaik paru en septembre 2002.

 

1966! OUI JE CROIS ...

EN MIREILLE MATHIEU


Paul Mauriat est devenu une figure incontournable du musical. Johnny Stark, en grand professionnel, comprend très vite ce qu'un tel artiste pourrait apporter à la carrière de Mireille Mathieu.
La voix, le producteur et le musicien...un trio de perfectionnistes talentueux se forme pour le plus grand plaisir de millions d'auditeurs.




FLASHBACK


Toute la France connaît l'histoire de Mireille, Cendrillon de conte de Fées, aînée d'une pauvre famille d'Avignon. Papa est tailleur de pierre et maman s'occupe d'une tribu de treize enfants. Mireille Mathieu a une passion, chanter ; plus particulièrement les refrains de son idole Edith Piaf.
Lauréate d'un concours de chant en Avignon en 1964, elle se présente l'année suivante à Paris pour participer au « jeu de la chance », un concours organisé par « télé-dimanche », une émission de Raymond Marcillac présentée par Roger Lanzac. Cette compétition entre jeunes espoirs a comme thème un hommage à Edith Piaf, disparue deux ans plus tôt.
En novembre 1965, Mireille Mathieu l'emporte devant Georgette Lemaire, les téléspectateurs sont conquis.
Nouvelle égérie de dix-huit ans, Mireille ne peut qu'inspirer un homme tel que Johnny Stark, un des plus efficaces producteurs Français (il a été celui de Johnny Hallyday). Stark croit en cette petite étoile montante et décide de diriger sa carrière.



STARK CHOISIT PAUL MAURIAT


Johnny Stark devine en Mireille un diamant brut. Mais avant de capter la lumière des projecteurs, il fut dégager la pierre précieuse de sa gangue, en tailler avec amour et précision toutes les facettes.
Johnny cherche un joaillier pour son trésor. Mireille se souvient de son obstination.

Mireille Mathieu :
Quand on début à dix-huit ans, c'est une chance inespérée d'avoir Johnny Stark comme manager. C'était le plus grand. On n'en fera plus comme lui.
N'étant pas auteur compositeur, je chante des mélodies qui vont à ma voix. En décembre 1965, quand je suis devenue professionnelle, Johnny a souhaité que j'aie des chansons spécialement écrites pour moi, du « sur mesure ».
Immédiatement, il a pensé à Paul Mauriat.
Pourquoi Paul Mauriat ? Selon Johnny Stark, c'était le meilleur. Il travaillait, entre autres, avec Aznavour. Et puis Paul venait de Marseille. Il avait donc la même fibre provençale, un méridional comme moi. C'était très important à mes débuts. J'avais besoin d'être entourée, besoin de personnes qui puisses me comprendre.


Mauriat vient juste d'être engagé comme chef d'orchestre par le label Philips pour des disques instrumentaux. Alors il hésite avant d'accepter les propositions de Johnny Stark.

Paul Mauriat :
La secrétaire de Johnny Stark m'avait téléphoné plusieurs fois, début décembre 1965. A ce moment là j'ai refusé leurs propositions. La publicité que l'on faisait autour de Mireille dans les journaux, bien avant qu'elle ne chante sur une scène ou qu'elle n'enregistre un disque, m'agaçait !

Un évènement va bousculer l'avenir. Johnny Stark réussi à faire engager Mireille Mathieu par Bruno Coquatrix dans le Sacha Show, le spectacle de Sacha Distel à l'Olympia avec, en « guest star », Dionne Warwick ; un souvenir inoubliable pour Mireille en cette fin d'année 1965.

Mireille Mathieu :
Je commençais en levée de rideau, ce qui était normal puisque je débutais. Comme premier spectacle, je ne pouvais pas être en meilleure compagnie.. Sacha Distel et Dionne Warwick !
Il y avait aussi les balais d'Arthur Plasschaert. Toute la troupe était formidable avec moi. Ma loge était tout en haut, sous les toits de l'Olympia à côté des leurs. Ce qui m'émerveillait c'était cette harmonie, cette gentillesse entre tous les artistes. Je ne suis pas sûre que ce soit toujours comme ça. J'étais accompagnée pour mes trois chansons par un maître de l'époque : Jacques Denjean et son orchestre.


Un soir, parmi les spectateurs de ce Sacha Show, Paul et Irène Mauriat découvrent le talent de la jeune chanteuse. Sa prestation les étonne.

Paul Mauriat :
Ce soir là, j'ai eu « le coup de foudre » pour Mireille Mathieu. J'ai dit à Irène que j'avais eu tort de refuser la proposition de Stark quelques jours plus tôt.
Rentré chez moi après le spectacle, j'ai composé dans la nuit la musique de mon crédo, futur et premier « tube » de Mireille.
J'ai donc finalement accepté de m'occuper musicalement de Mireille Mathieu. A partir de ce moment là, j'ai été disponible pour elle 24 heures sur 24, et cela a été une époque formidable.
En bas de mon immeuble, dans la rue, tous les jours une vingtaine de personnes attendaient Mireille pour signer des autographes. Une célébrité si rapide, c'était incroyable, du jamais vu.
Mais derrière cette réussite foudroyante, Johnny Stark « le mentor » travaillait avec compétence et efficacité.


Pour faire éditer « mon crédo » Paul Mauriat retrouve Sacha Distel.



Sacha Distel
Je connaissais Paul Mauriat depuis notre rencontre au Hot Club de Marseille. Nous nous sommes revus à Paris, et lorsque, tout en étant chanteur et guitariste, je suis devenu éditeur de musique (les éditions prosadis). Paul m'a confié « mon crédo », la célèbre chanson dont il avait composé la musique. Depuis quelques années, Paul est devenu le fan numéro 1 de notre orchestre Sacha Distel et les collégiens ; chaque fois qu'il peut se libérer, il vient assister à notre spectacle, faisant des commentaires et donnant ses impressions.

...A Suivre

MIMI-BIRTHDAY 2020 - Mireille Mathieu et Paul Mauriat 2...

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Voici des extraits, d'un très bon livre sur  Paul Mauriat "Une vie en bleu" de Serge Elhaik aux éditions Serge Elhaik paru en septembre 2002.


CLAUSE D'EXCLUSIVITE


Paul Mauriat a choisi de travailler avec Mireille Mathieu. Il doit alors restreindre sa collaboration avec Charles Aznavour. Il ne fera pour lui, au cours de l'année 1966, qu'une demi-douzaine d'arrangements. Le magique « Paris au mois d'Août » était de ce là. Un au revoir de charme pour s'éloigner avec élégance.



Mireille Mathieu :
Paul a décidé de ne plus accompagner d'autres artistes. C'est ce que souhaitait mon manager Johnny Stark qui, lui aussi, a abandonné d'autres chanteurs pour ne s'occuper que de moi. Si Dieu m'a donné cette voix, à moi de prendre soin de ce cadeau magnifique. Johnny et moi partagions la même lucidité : un gros travail nous attendait.
Avec Paul Mauriat on travaillait dans la gentillesse, la bonne humeur, en souriant ; le soleil au cœur et dans la voix. Sa femme Irène était souvent présente ; elle participait, donnait son avis ; c'était très encourageant pour moi qui débutais.
La disponibilité de Paul à mon égard était sans limite. Son expérience m'aidait beaucoup. Avec lui, il y avait cette complicité, cette harmonie, cette communion pour créer les chansons, les choisir, les travailler, et aussi pour m'accompagner sur scène, en France et à l'étranger, aux Etats-Unis et en Russie par exemple.
On travaillait parfois par téléphone : « Popaul »- je l'appelais Popaul- « écoute-moi, ça ne va pas ; est-ce que ce sont les bonnes notes ? » Alors là il jouait sur son piano et me conseillait : « refais ceci ; écoute cela ». C'était vraiment 24 heures sur 24 !



LE PREMIER DISQUE « MON CREDO »


Début janvier 1966, Johnny Stark contacte plusieurs compositeurs ; il souhaite pour Mireille un répertoire personnalisé, qui la démarque d'Edith Piaf.
Johnny sélectionne quatre titres dont « mon crédo » composé par Paul Mauriat avec des paroles d'André Pascal. Francis Lai, qui vient de terminer la musique du film de Claude Lelouch « un homme et une femme », a également écrit une chanson retenue pour ce premier disque.
Mireille Mathieu :
C'est avec beaucoup d'émotion que j'appris que Francis avait été l'accordéoniste de Piaf à la fin de sa vie ; plus tard, il acceptera de m'accompagner. Il lui avait écrit la musique de plusieurs chansons comme « roulez tambours » ou « le petit brouillard ». Il empoigna son accordéon et chantonna « c'est ton nom », la chanson écrite pour moi avec des paroles de Françoise Dorin.

Johnny Stark demande à Paul Mauriat de préparer la première séance d'enregistrement de Mireille Mathieu pour mars 1966 et d'orchestrer les deux chansons : « mon crédo » et « c'est ton nom ».
Quand Mireille Mathieu entre pour la première fois dans les fameux Studios Hoche d'Eddy Barclay, elle connaît une intense émotion.

Mireille Mathieu :
Pour moi toute seule, quarante musiciens, huit choristes, Paul Mauriat dirigeant cet orchestre, c'était fabuleux pour quelqu'un de dix-neuf ans. Sans aucun doute, le plus beau cadeau que je pouvais recevoir. J'ai ris, j'ai pleuré, je ne sais plus. Ils ont enregistré les musiques de « mon crédo » et « c'est ton nom », et le lendemain on enregistrait ma voix.

Gérhard Lehner est aux commandes, dans la cabine technique. A ces côtés Johnny Stark, Paul Mauriat, Francis Lai et Jean Lumière, le professeur de chant de Mireille à l'époque. Les musiciens ne sont plus là ; ils ont terminé leur travail la veille. Mireille est toute seule dans le grand studio, un casque d'écoute sur la tête. Les débuts s'avèrent un peu laborieux.

Mireille Mathieu :
A mes débuts j'aimais surtout chanter devant un public, que ce soit pour ma famille, à l'église, à télé-dimanche ou à l'Olympia.
Lors de mon premier enregistrement aux Studios Barclay, j'ai eu un peu de mal à m'adapter au casque que je portais sur les oreilles ; être seule, avec de l'autre côté de la cabine technique, Johnny, Paul, Francis, Jean et Gérhard qui me regardaient, c'était plutôt intimidant pour une débutante.


Et si l'enregistrement de la voix de Mireille pour « c'est ton nom » est difficile, celui de « mon crédo » se fait rapidement...paradoxalement...

Paul Mauriat :
La première prise de « mon crédo » a été la bonne, malgré l'aversion qu'affichait Mireille à l'époque pour cette chanson, devenue pourtant « sa carte de visite ».



Mireille Mathieu ne voulait donc pas chanter « mon crédo » ?

Mireille Mathieu :
Absolument ! J'ai appris avec facilité « c'est ton nom » mais je n'arrivais pas, ou je ne voulais pas retenir « mon crédo ». Le titre me paraissait peut-être un peu sacrilège. Alors je prétextais avoir mal à la gorge chaque fois que je devais attaquer cette chanson.
Mais il est vrai que je n'ai pas su le dire à Johnny Stark et Paul Mauriat. Johnny était furieux : « non, tu chanteras « mon crédo », ça va être un tube ». Jean Lumière l'affirmait aussi. C'est mon crédo à moi ; et où que je sois sur scène, où que je la chante, à Moscou, aux Etats-Unis ou ailleurs, tout le monde connaît cette chanson.


Gérhard Lehner a réalisé pratiquement tous les enregistrements de Mireille pendant plusieurs années.

Gérhard Lehner :
Mireille est une travailleuse, toujours à l'heure. Tout était préparé à l'avance. Elle connaissait ses chansons à fond, et pourtant ça ne s'est pas toujours passé comme sur des roulettes. En effet, avec Mireille et Johnny j'avais parfois des surprises. Monsieur Stark pouvait m'appeler un samedi matin ou dans la nuit : « on peut aller au studio refaire la voix de Mireille ? ». Bien sur, j'acceptais toujours.

Quatre perfectionnistes, Mireille, Johnny, Paul et Gérhard, se retrouvent régulièrement en studio pour veiller à la parfaite qualité de la prise de son.

Mireille Mathieu :
Avec tous ces perfectionnistes réunis, on pouvait espérer faire de bons disques. Quand on parle de son, on cite très souvent Gérhard Lehner. C'est un très grand Monsieur, d'une rigueur extrême. Il connaissait bien ma voix. C'est important de chercher le timbre d'une voix et d'en rendre le meilleur son. Malgré les quatre pistes seulement des magnétophones de l'époque, grâce à son talent, c'était extraordinaire.




... A suivre 

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MIMI-BIRTHDAY 2020 - Mireille Mathieu et Paul Mauriat 3...


Mireille et J Stark Olympia 1966
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Voici des extraits, d'un très bon livre sur  Paul Mauriat "Une vie en bleu" de Serge Elhaik aux éditions Serge Elhaik paru en septembre 2002.


CHRISTIAN GAUBERT 

MARSEILLE-PARIS VIA MAURIAT

Mireille et C Gaubert

Paul à la générosité d'un vrai professionnel. Quand il détecte les qualités d'autres musiciens, il aime les faire partager.

Paul Mauriat :
Christian Gaubert ? Il était excellent.
Je ne l'ai pas lancé, je l'ai présenté à Francis Lai, à Johnny Stark et Charles Aznavour.
Christian me voue une reconnaissance éternelle, ce qui est injustifié car il fallait être excellent pour réussir.
C'est un des seuls qui me téléphone au moins deux fois par an. Il a toujours dit qu'il a fait carrière à Paris grâce à moi. Or, sans talent ça n'aurait jamais marché.


La rencontre entre Francis Lai et Christian Gaubert est le premier pas vers une association fertile durant des décennies.


Christian Gaubert :
A l'automne 1966, Paul, alors directeur musical de Mireille Mathieu. M'a demandé d'écrire pour elle un arrangement de la chanson "Un homme et une femme" que Francis Lai avait composée quelques mois plus tôt. Pour ce titre, j'ai choisi de faire une orchestration sur un rythme de bossa-nova qui enthousiasmé Paul et Francis.


Francis Lai :
Je ne remercierai jamais assez Paul Mauriat car après cet arrangement superbe d' "un homme et d'une femme" pour Mireille. Christian Gaubert est devenu mon orchestrateur pour une quarantaine de musiques de films, comme "Love story". "Vivre pour vivre", "Mayerling ou encore "l'itinéraire d'un enfant gâté".


Christian Gaubert signera aussi des dizaines d'orchestrations pour Aznavour, Mireille Mathieu, Bécaud, Sardou, Gainsbourg, et plus récemment pour Guy Marchand.

1970 chez le couturier Louis Féraud.

MIREILLE ET PAUL A L'OLYMPIA

En septembre 1966, Paul Mauriat dirige pendant trois semaines l'orchestre de l'Olympia qui accompagne Mireille Mathieu pour son premier grand tour de chant. Neuf mois plus tôt, elle était simple lever de rideau dans cette même salle. Les célèbres Roger Pierre et Jean-Marc Thibault participent à ce spectacle qui programme aussi le jeune Georges Chelon.
Adoptée par le monde du Show-business en quelques mois, Mireille reçoit des télégrammes signés Line Renaud, Adamo, Dalida, Pétula Clark, mais aussi Franck Sinatra ou Sammy Davis Junior.
Ces galas à l'Olympia sont un véritable triomphe pour Mireille Mathieu, prélude à un prochain voyage aux USA.



PAUL ET MIREILLE AUX ETATS-UNIS


1966, année phare pour Mireille Mathieu. Son talent, conjugué aux efforts et au savoir-faire de Johnny Stark, lui permet d'atteindre très vite le devant de la scène aux USA.
Pas moins de quatre voyages outre-atlantique rythment le cours de cette année exceptionnelle. Paul Mauriat accompagne Mireille deux fois.
Mireille et Paul viennent de terminer leur série de concerts à l'Olympia. Ils ont peu de temps pour préparer leurs bagages. Johnny Stark a en effet décidé de parcourir les Etats-Unis pour une tournée de promotion de sa nouvelle protégée.
Aux côtés de Mireille, Paul et Johnny, Francis Lai, le cinéaste François Reichenbach et trois de ses assistants les escortent lors de son voyage. François doit réaliser un film pour la télévision. La diffusion de ce programme est prévue pour les fêtes de fin d'année, son titre : "le conte de fée de Mireille Mathieu".

Paul Mauriat :
Nous débutions notre périple à New York. Johnny Stark avait retenu tout le dernier étage de l'hôtel Waldorf Astoria. Il ne concevait pas de nous loger autre part que dans l'hôtel le plus prestigieux.
Le premier jour, Johnny avait invité Maurice Chevalier à nous rejoindre à l'hôtel pour rencontrer Mireille. Cet entretient était supposé durer environ un quart d'heure. Mais la fraîcheur, la spontanéité de Mireille ont conquis Monsieur Chevalier qui a exprimé le désir de bavarder plus longtemps. L'entourage de Johnny s'inquiétait, car une autre entrevue était programmée avec des journalistes. Johnny a répondu que la présence de Maurice Chevalier était trop flatteuse pour se permettre d'interrompre ce rendez-vous. Finalement, après deux heures passées avec Mireille Mathieu, Monsieur Chevalier a décidé de partir. A ce moment là, nous avons pu constater ce dont Johnny était capable. Il avait loué quatre somptueuse limousines pour quitter l'hôtel. Pendant que ses collaborateurs s'impatientaient, il avait demandé aux chauffeurs des limousines de tourner autour de l'hôtel jusqu'au départ de Monsieur Chevalier, soit plus d'une heure et demie de plus que prévue !
Tout le monde était époustouflé. Johnny était un grand seigneur, prêt a dépenser une somme folle pour son plaisir !


Direction le Texas ensuite. A Dallas, Stark a prévu de s'arrêter dans une église catholique pendant la célébration d'une messe ; Mireille s'étend à un moment mêlée aux choristes, François Reichenbach ne peut résister au désir de filmer la scène.

Paul Mauriat :
Douze jeunes filles afro-américaines, très belles, longs cheveux, portant des robes bleues très longues ont entamé un psaume, accompagnées d'un seul harmonium. Les voix étaient sublimes. Francis Lai et moi n'avons jamais oublié ces instants un peu magiques. Point d'orgue inattendu : alors que les choristes attaquent leur troisième et dernier chant liturgique nous voyons entrer une femme de couleur, d'apparence très modeste, âgée d'environ quatre-vingts ans. Elle écoute attentivement le cœur, et soudainement, improvise un contre-chant digne d'un musicien très avisé. Le summum de cette soirée.


Le groupe composé de Paul Mauriat, Francis Lai, François Reichenbach, Johnny Stark et Mireille se rend ensuite à Huntsville, dans un immense pénitencier, devenu pendant une journée le théâtre d'un spectacle très particulier : un rodéo organisé pour obtenir des remises de peine.

Paul Mauriat :
On sait qu'aux USA une peine peut durer cent vingt ans, voire cent cinquante ans. (Ridicule !). Ces prisonniers pour la plupart n'avaient jamais pratiqué le rodéo. Il résultait de cette inexpérience un grand nombre de fractures de bras ou de jambes. Dans le meilleur des cas, un prisonnier pouvait espérer obtenir une remise de peine de trente ans, subir quatre-vingt-dix ans d'emprisonnement au lieu de cent vingt. Excepté Mathusalem, je ne vois pas qui pouvait être intéressé par cette faveur...


Francis Lai se souvient avec hilarité- malgré les circonstances et le lieu- de la rencontre avec le shérif, directeur de la prison.

Francis Lai
Nous avons été reçus par le shérif, dans son bureau. Ce n'est pas une légende, c'était John Wayne...Il jouait parfaitement le style cow-boy, les jambes allongées sur la table, souliers longs et pointus, le chapeau, tous les accessoires quoi ! Nous n'avons rien compris de ce qu'il nous a dit, mais notre interprète américain non plus !
A un moment donné, le shérif a proposé un cigare à Johnny Stark qui en était très amateur. Ce cigare devait être particulièrement mauvais car j'ai vu Stark changer de couleur. Il me regardait et transpirait à grosses gouttes. « Je n'en peux plus » nous dit-il. « je ne sais plus quoi faire ». J'ai échappé à l'épreuve car je ne fume pas.


Après le rodéo, Johnny Stark propose à Mireille Mathieu de chanter pour les prisonniers.

Francis Lai
Nous avons bien sûr accepté de jouer pour les prisonniers ; mais venus en touristes à Huntsville, je n'avais pas mon accordéon pour accompagner Mireille. Stark s'est débrouillé pour demander au directeur de la prison si quelqu'un n'aurait pas par hasard un accordéon. Une femme, une prisonnière, en possédait un. Mais cet accordéon avait un clavier-piano, alors que moi je ne joue que de l'accordéon traditionnel avec les claviers boutons.
On s'est retrouvé dans une situation abracadabrante. J'ai pris l'accordéon dans les bras, Paul qui est pianiste jouait la main droite, et moi je faisais la main gauche. Ce moment est resté pour nous tous inoubliable. En jouant devant les prisonniers, on hoquetait de rire ; pourtant le moment était assez tragique. Mais la situation était vraiment loufoque, jouer à deux sur un accordéon.


Mireille chante une de ses nouvelles chansons, "viens dans ma rue", accompagnée par Francis et Paul qui avaient composé cette valse sur des paroles d'André Pascal.
Une autre "surprise" les attends dans cette curieuse prison. Un groupe de prisonniers, tous musiciens, jouent enfermés dans une cage.

Mireille chante  à Huntsville


Francis Lai
Ils étaient tous condamnés à mort. Heureusement qu'ils avaient la musique pour tromper l'attente. Ils étaient fabuleux, style Basie et Ellington.


Ultime étape de ce circuit américain, Los Angeles, Californie. Mireille est attendue pour chanter au Daysie Club devant un parterre de célébrités. François Reichenbach, caméra à l'épaule, s'attarde sur le sourire de Franck Sinatra et Sammy Davis Junior, et filme les dernières images de ce curieux « road movie ».



A suivre...